RED LEBANESE

 

Foco #1
Georges Besse
April 2016

Edition of 100
18,5 x 26,5 cm, 36 pages
Soft cover, stapled
Risograph printing
Published by RED LEBANESE

12 euros
contact@red-lebanese.com

La collection FOCO copubliée par Red Lebanese et la Galerie P38 se construit sur la base d'archives photographiques d'agence de presse courant de la première moitié des années 70 au milieu des années 80, à de rares exceptions près. Ce moment historique témoigne d'un monde traversé par des idéologies contradictoires en confrontations sur une multitude de fronts.

Si l'on qualifie cette période de guerre froide elle le fut avant tout pour les deux principaux blocs en présence, bloc soviétique contre bloc occidental sous la houlette Etats Unienne. Blocs qui ne s'affrontèrent jamais directement, préférant faire du monde leur terrain de jeu, au prix de manipulations, de prises d'intérêts, d'engagements et de désengagements où les principes moraux comptèrent moins que la finalité: vaincre l'ennemi, sans considérations pour les sacrifices endurés par les populations placés au coeur de l'action la plus brulante.

Le niveau de violence alors communément admis, puisque quotidien et plurilatéral, nous renvoit inévitablement aux temps présents. Point culminant symbolique le terrorisme en tant que concept est aujourd'hui perçu par tous comme intimement lié au salafisme, c'est de par trop oublié qu'il fut de tout temps l'arme des sans armes, c'est oublié aussi qu'il fut souvent l'arme des services, rompus aux exercices de déstabilisation de tout ordre.
Les terroristes le demeurent tant qu'ils n'ont pas gagnés. Si l'histoire leur donne le loisir d'arriver à leurs fins ils sont par la suite dénommés libérateurs, résistants, héros. Lorsque l'on rentre en guerre contre bien plus fort, lorsqu'on se place en ennemi sans moyens, la règle est intangible, Vae Victis.
D'autres formes de conflits sont soulignés dans cette collection, grèves, luttes pour les droits, univers carcéral ... dans ce que l'on nommera plus tard les nouveaux mouvements sociaux. Le champ de la contestation est si large dans ces années qu'on l'en oublie leur proximité avec nous. On en a surtout oublié que l'opposition, la contestation, la répression sont des cercles sans lesquels l'histoire peine à se renouveler, à avancer. Ils sont la nécessité d'un éternel mouvement d'accordéon ou conquêtes et défaites sont comme le souffle des choses.

L'idéologie de la fin de l'histoire, la tentative de déclaration que les choses étaient désormais immuables n'aura pas fait long feu, elle ne le pouvait pas. Ella aura pourtant fait de sérieux dégâts dans les consciences et dans les mots, paroxysme d'un défaitisme, où se voient mêlés renoncement et individualisme, abolition du désir, de l'utopie comme fondatrice de l'impulsion en politique. La peur de vaincre habite les prétendants à un ailleurs, le défaut d'horizon tient pourtant certainement plus du choix que du champ des possibles.

Manuel Morin